Composition : Espace

Le geste, en imprégnant le son, acquiert un corps. Le son, en cristallisant le geste, hérite d’un esprit, d’un souffle, d’une âme…

Aux dimensions horizontale, le temps, et verticale, la texture harmonique, s’ajoute, pour cette musique, une dimension spécifique : la distribution du son. En effet, il n’y a plus une seule source acoustique, ponctuelle, mais un ensemble, et plusieurs stratégies coexistent pour répartir le son sur les deux ou huit points de référence :

- chaque haut-parleur reçoit des sons différents;
- un même son est envoyé sur plusieurs haut-parleurs;
- un son passe successivement sur différents haut-parleurs.

A partir de ces trois modèles délibérément simplifiés, toutes les combinaisons sont envisageables, d’une manière statique ou dynamique. Les différentes stratégies se superposent alors et dialoguent :
- multiplier les qualités de chaque son pour lui donner une réelle individualité;
- créer une distribution territoriale pour assurer une plus grande lisibilité entre les sons;
- créer un fourmillement dialectique, assurer une construction contrastée et soutenir une densification de l’imaginaire (1).

Le résultat perceptif est encore lui bien plus fécond, notamment suite à l’évolution naturelle et continuelle des sons, et au déploiement de leur comportement à travers tout l’espace d’écoute. En concert, le résultat est d’autant plus instable, c’est à dire renouvelé, que l’équilibre réalisé en studio est précaire. (cf. Projection)

Cependant, une autre voie, très féconde, existe encore : l’espace comme creuset acoustique. Les différents points d’émission distribués autour du public ne sont chacun qu’une partie du signal. Un son est alors la somme de plusieurs ondes acoustiques, il est le fruit des interférences créées et n’existe qu’à la condition de cette rencontre (cf. version longue).

L’objectif ultime est de créer une substance acoustique, réelle, tangible… Incarnée. L’espace est alors le lieu de l’expression acoustique du son, ses formes et volumes, son rythme et ses mouvements, son déploiement en plein et délié.

(1) Les écueils sont également nombreux : une distribution dans l’espace réduite à une géométrie phantasmée, à une géographie de l’anecdotisme causale, à une simulation purement mentale de lieux virtuels…

Il existe deux approches de l’espace utilisé comme creuset acoustique :

- un son est distribué sur différents points avec un comportement presque identique. Il génère alors une matière déployée dans l’espace, sans avoir de localisation stable (cf. Transparence-Déhiscence).

- un son strictement identique est légèrement retardé sur différents haut-parleurs. Le résultat sonore global, audible, est la somme des ondes acoustiques qui s’interpénètrent. Et, seule une rencontre acoustique des ondes crée le phénomène complet. La diffusion d’un seul canal ne crée pas le son et une réduction stéréophonique, c’est à dire une superposition électronique, détruit le phénomène (cf. Hg 80).

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