Structure : Démarche

Si le son est bel et bien toujours le point de départ, il l'est selon une autre conception, spécifique, morpho-dynamique : le son en tant que forme en déploiement.

Mais ce son possède aussi une existence acoustique particulière. D'origine électronique, l'enjeu est de lui donner une substance, une chair. Seul un instrument associant à l'espace du concert de multiple types d'émissions est à même de produire un phénomène acoustique dense, complexe, vivant; c'est à dire non-linéaire... à l'opposé de la "neutralité" de la hi-fi. Le concert est donc au centre de mes activités car essentiel pour la réalité acoustique des phénomènes sonores et primordial en tant qu'expérience collective d'écoute. (1)

Cependant, le son n'est pas le lieu d'une fascination. La démarche demeure musicale, c'est à dire fondée sur l'association de sons ou le développement d'un geste. La composition apparaît comme une articulation de forces motrices engageant l'intimité du corps.

L'arborescence souligne la dualité de mes activités, l'oscillation entre la composition et la projection. C'est à dire entre l'écriture et la lutherie, la retraite en studio et l'exhibition en concerts, la minutie hors temps et la spontanéité en temps. La branche Projets, qui présente les pièces et les concerts, achève ce va-et-vient entre réflexion théorique et pratique intuitive.

(1) Etre à l'écoute étant davantage qu'un contrôle de qualité, une connaissance du bruit de fond ambiant, un artefact industriel, il n'y a sur ce site ni extraits sonores à déclencher, ni disque à posséder.

De l'exaltation de l'autonomie et de l'ivresse du devenir...

Du silence, une surface. Du bruissement, à la fois souffle primordial et matière élémentaire. Du son comme noyau, frémissement de forces en présence, en pression, à la figure comme tracé, empreinte d'un univers de contraintes formatives.

De l'insignifiant —un contour stable— surgit une substance autonome : profils en décomposition, fragmentation, recomposition... Un processus de genèse sonore fondé sur l'imaginaire comme fantaisie exacte : la vraisemblance du phénomène plutôt que l'exactitude de son apparence.

Transformation intérieure ou métamorphose extérieure, le mouvement entraîne le croisement de qualités instables, et dévoile l'équilibre entre des dynamiques contraires.

Le mouvement, animé de poussées physiologiques, apparaît comme articulation motrice, réalité objective d'un espace mental. Le mouvement sensibilise le matériau, qui peut alors être tissé et tressé, déploie des relations organiques, régulées ou perturbées, entre des composantes antagonistes : matière inerte résistant à une dégradation ou métabolismes, tissus vivant ses mutations succesives.

Transparent ou manifeste, dilué ou vitalisé, de nature imaginative plutôt qu'imaginaire, s'échappant de la nécessité des causalités physiques, d'une cohérence matériel au profit d'échanges de nature psychique, le geste quitte la matière pour atteindre l'esprit.

Cependant, toujours ancré dans une expérience humaine et ses propriétés unifiantes, le geste surgit de l'altération, de la rupture de régime permanent, de la dissymétrie, de l'altérité. Epreuve spirituelle, il s'agit d'harmoniser le subordonné et l'autonome, d'accorder matériaux résistants et intentions projectives.

Localisation physique, déploiement d'ondes. Rayonnement psychique, réception de phénomènes. Trajectoires symboliques, interprétation d'une totalité. L' espace, ensemencé par l'éclosion de métabolismes, est le lieu géométrique de rencontres ritualisées, imprévisibles mais répondant cependant toujours à des lois déterministes. L'espace, quittant la logique de la pesanteur comme articulation motrice et représentation du monde, est une scène à féconder, est l'atelier à transfigurer, d'où chaque organisme est polarisé, est dynamisé de sa concentration ubiquiste.

Liaison entre interne et externe, articulation du micro et du macro, rencontre entre qualités abstraites du dispositif et matérialité du corps, expression d'une expérience intime, relation créatrice initiée par l'auditeur entre perçu, par les sens, et conçu comme idéation mentale, la forme est l'inscription d'un ressenti accompli ou toujours en devenir, le lieu d'une rencontre, le moment dense d'un accomplissement, la manifestation du sacré... la conscience aigue, dynamisée de l'unicité de chaque chose et de chaque instant.

Dimitri Coppe, extrait de "Autour de l'idée d'atelier", Editions Tandem, 2002

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Structure : Arsis-thesis

Arsis-thesis est une structure de création musicale active depuis 1998 et installée actuellement dans la région de Stoumont (Belgique).

Avec son studio de création et son instrument de concert unique, la musique acousmatique est au centre des activités d'Arsis-thesis : production de concerts en Belgique et à l'étranger, organisation de stages de composition et d'ateliers de projection/spatialisation.

Arsis-thesis a été fondée en 1998 à Bruxelles. Le siège est actuellement localisé dans la région de Stoumont en Belgique. L'association fonctionne essentiellement sur fonds propres. Etant reconnue par la Communauté française de Belgique, elle bénéficie aussi ponctuellement de soutiens pour l'organisation de concerts, stages...

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Structure : Introduction

NE PAS UTILISER

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J’ai senti la nécessité de ce site, c’est à dire exposer les idées et principes qui guident ma démarche, car chaque concert reste un exercice exigeant. L’auditeur est face à des phénomènes perceptifs en devenir qui sollicitent ses sens et son imagination… ses libres facultés d’association. C’est sa disponibilité intérieure même qui est mise à l’épreuve en amont de toute connaissance. Et, la création étant davantage qu'une question d’expression, l'approche émotionelle, aussi troublante soit-elle, demeure lacunaire.

L’objet de chaque concert est extraordinaire par sa banalité. En effet, il ne s’agit que de sons en métamorphoses, en mouvement, en résonance… en dialogue. Quelque chose de très commun. Ce qui est extraordinaire, c’est le retour à la perception même, en amont de toute re-connaissance, le retour à une expérience primitive : éprouver la sensualité de formes en contact. Mon objectif serait, en fin de compte, de transmettre cette sensibilité, de rendre l’auditeur perméable aux qualités des phénomènes sonores vivants : irréguliers, approximatifs, imparfaits mais tellement charnels, juteux, sucrés…

Cependant, avec le son, la perception qui est déjà par nature volage, s’attache à des phénomènes irrémédiablement fugaces et éphémères. C’est pour l’auditeur être face à la complexité infinie, et déstabilisante, des phénomènes en cours. Car c’est bien du mouvement de la vie qu’il s’agit : observer des formes, leur métamorphose et leur déploiement, le mystère de leur apparition et de leur disparition. Mais c’est aussi alors, pour l’auditeur, se confronter à ses propres limites, sensibles ou mentales, spatiales ou temporelles… individuelles. Car apprécier la diversité du monde, et singulièrement la variété des formes sonores, procède du même mouvement qu’éprouver la multiplicité de son corps.

Avec ce site, il ne s’agit pas de mettre un système un place, mais de rassembler des observations. Et, tout comme la musique apparaît dans les relations créées entre les sons, chaque bulle du site n’existe qu’en relation avec l’ensemble de l’arborescence. Le site serait comme un verger : une somme de textures, saveurs, couleurs... mais dont les fruits essentiels demeuraient cachés.

Et alors que la musique devient toujours plus un fond, un papier peint sonore, un concurrent agité du bruit de fond industriel, et alors que l’environnement social s’efforce toujours plus de diluer, ma démarche tend à concentrer.

Dimitri Coppe